Pour comprendre les blocages des négociations autour des émissions de CO2 se déroulant à Cancun, il faut avoir une idée des enjeux chiffrés pour chaque pays d'une réduction des émissions de CO2: pib par habitant, émissions de CO2 par habitant, modèle de développement économique.... L'analyse des chiffres nous a permis de dégager 5 nouvelles pistes qui permettraient de débloquer les négociations.

C'est bien connu, la Chine et les États Unis sont les plus grands pollueurs de la planète. L'Europe affiche une bonne volonté et réduit ses émissions de CO2. Les pays riches sont les méchants qui ont fait augmenté la concentration de CO2 dans l'atmosphère et qui demandent aujourd'hui aux pays en développement de réduire les leurs alors qu'ils n'ont que modérément contribué au réchauffement de la planète... nombreuses sont les idées reçues dans chaque pays participant aux négociations et qui font que les négociations font du sur place.

Voici quelques calculs qui éclairent un peu les négociations du sommet de Cancun autour de la réduction des gaz à effets de serre et qui permettent d'esquisser de nouvelles bases de discussions.

Les émissions de CO2 par pays

La PBL, une agence néerlandaise qui met à jour jour chaque année une étude sur les émissions de CO2 au niveau mondial met à mal bien des clichés sur les émissions de CO2 et démontent les argument de certains pays. la PBL n'interprête pas les chiffres et se contentent de suivre l'évolution des émissions de CO2.

Emissions de CO2 par pays et par habitant (2009)


Population (en million) Emissions CO2 en T CO2 / habitant (en T) Evolution 2009/2007
Monde 6800 31300 4,6 0,64%
Australie 22 400 18,18 -2,44%
États-Unis 320 5310 16,59 -9,04%
Canada 34 540 15,88 -3,05%
Corée du Sud 50 560 11,2 11,33%
Russie 141 1570 11,13 2,15%
Allemagne 82 770 9,39 -2,28%
Japon 127 1180 9,29 -5,98%
Royaume-Uni 61 490 8,03 -9,26%
Iran 72 570 7,92 14,92%
Chine 1300 8060 6,2 23,28%
France 64 370 5,78 -5,13%
Brésil 192 380 1,98 -2,56%
Inde 1160 1670 1,44 3,60%

Les pays riches diminuent globalement leurs émissions de CO2

On découvre ainsi que la plupart des pays dits riches ont fortement réduits leur émissions de CO2 (entre 2007 et 2009, les États Unis ont réduit leurs émissions de 9%, la France de 5,2%, le Japon de 5,2%, la Grande Bretagne de 9,3%). En revanche, les émissions de CO2 de la Chine, de l'Iran et de la Corée du Sud ont explosé (respectivement +24%, +15% et +12%).

Les pays émergents augmentent leurs émissions de CO2

Si l'on entre dans les détails, on constate que, globalement, les pays qui ont une industrie forte et qui enregistrent une croissance économique soutenue (Chine, Allemagne, Australie, par exemple) ont tous des émissions de CO2 en croissance tandis que les pays dont l'économie laisse une part plus belle aux services ou affichent des économies moribondes, enregistrent soit des progressions "sages", soit des baisses importantes des émissions de CO2. La croissance, faut-il le rappeler, est le premier facteur d'accroissement des émissions de CO2, dans le système actuel. Cette corrélation n'est pas absolue: il est possible d'imaginer des systèmes créant de plus en plus richesses mais maitrisant leurs émissions de CO2, mais le système actuel fait que la croissance about, en général, à une émission plus importante de CO2.

Seul le Brésil parvient à lier une croissance économique forte à une diminution des émissions de CO2. L'Inde fait figure d'entre eux (+3% d'émissions de CO2 pour +15% entre 2007 et 2009).

Mais il existe de mauvais élèves parmi les riches et les pauvres

Une idée reçue est que le développement économique et la société de consommation entraînent une augmentation des émissions de CO2. Le cas de la France témoigne du contraire: les émissions de CO2 par Français sont passées sous la barre des 6 tonnes par an (5,8T/ habitant et par an pour un PIB de $34100) tandis que les émissions de CO2 par Chinois ont franchi dans le sens contraire la barre des 6 tonnes en 2009 (6,2 T / habitant et par an pour un PIB / habitant de $7600). L'accroissement des richesses Chinois est donc un des plus polluants qui existe, d'autant que, selon trois université californiennes, chaque point de PIB gagné par l'économie chinoise, est un peu plus polluant que le précédent. L'économie Chinoise, contrairement à celle d'autres pays émergents, progresse peu en efficacité énergétique.

On peut, aussi, constaté que les émissions de CO2 varient en fonction du modèle économique choisi: si l'économie Indienne enregistre des taux de croissance comparable à celle de l'économie chinoise, la première est beaucoup moins polluante: ses émissions de CO2 par habitant soit 4 fois inférieures à celle de la Chine et progressent peu. De même, les économies canadiennes (16T de CO2/habitant/an) et australienne (18T/habitant/an) sont beaucoup plus polluantes que celle de pays au niveau de développement comparables comme l'Allemagne (9,4T/habitant/an), le Royaume-Uni (8T/habitant/an) et la France (5,8T/habitant/an). D'ailleurs, entre ces trois derniers pays, des différences substantielles existent, l'Allemagne émettant 50% de plus de CO2 par habitant que la France. Mais ceci est moins lié à des problèmes de performances énergétiques qu'au choix du non nucléaire: la France émet peu de CO2 car elle produit la majeure partie de son électricité via des centrales nucléaires qui posent d'autres problèmes de pollution.

Et si l'on reconnaissait un droit à polluer équivalent à tous les habitants de la planète ?

La Chine utilise comme argument de négociation qu'elle est un pays en développement et que sa lutte pour la pauvreté passe par un accroissement de ses émissions de CO2. Les Etats Unis ne souhaitent pas réduire leurs émissions de CO2, pour ne pas menacer l'American Way of living. Ces arguments tomberaient si l'ensemble des pays se mettaient d'accord sur le fait que chaque habitant de la planète possède un droit à polluer égal, qui se situerait aux alentours de 2T par an (si l'on tient en compte les capacités d'absorption de la planète qui sont de 13 milliards de Tonnes de CO2 par an), soit une réduction de 60% par rapport à 2010.  Tout développement économique serait conditionné par le respect de ce principe immuable.

Au regard de cet indicateur, la Chine a d'ores et déjà des comportements de pays riche en matière de pollution, puisque chaque chinois pollue en moyenne 200% de plus que son droit à polluer (6T contre un droit théorique à polluer de 2T).

Les négociations autour des réductions de CO2, se focaliseraient, alors, sur les moyens à débloquer pour que chaque pays puisse atteindre son objectif de pollution de 2 tonnes par habitant et par an. La bonne nouvelle est que si l'on regarde les émissions de CO2 des pays européens, ces objectifs sont réalistes. La France n'aurait qu'à réduire ses émissions de 30%, ce qui est proche des objectifs des discussions européennes en cours et peut être atteint par de meilleures performances énergétiques.

La bonne nouvelle est que l'objectif de 2 tonnes de CO2 par habitant est un objectif compatible avec le développement économique.

L'Inde, le Brésil n'auraient aucun mal à atteindre cet objectif tout en continuant à se développer du point de vue économique dans la mesure où leur croissance économique se fait dans un contexte d'augmentation de leur efficience énergétique.

En revanche, cela contraindrait les États Unis et la Chine à revoir leur modèle de développement économique, fondé sur un prix du pétrole bas et une forte consommation d'énergie fossile.

En allant plus loin dans l'analyse de ce rapport entre richesse produite et émissions de CO2, une évidence apparait: certains pays émettent de fortes quantité de CO2, pour augmenter le niveau de vie de leurs habitant, d'autres beaucoup moins.

Un autre indicateur devient alors intéressant: la richesse produite pour chaque kilo de CO2 émis.

Un nouvel indicateur de performance économique: la richesse par kilo de CO2 émis.

Le tableau ci dessous compare la richesse produite par habitant (PIB) aux émissions de CO2 par habitant dans le même pays (chiffres de 2009).

NB: le PIB est calculé à Parité de Pouvoir d'Achat (PPA), c'est à dire que le PIB réel calculé en dollars "normaux" a été ajusté afin de tenir compte du niveau du niveau des prix dans chaque pays et déterminer les pays où les habitants sont réellement les plus riches.


PIB/habitant (PPA) PIB par T de CO2 émise
Monde 10633 0,43 USD
Australie 38200 2,10 USD
États-Unis 46700 2,81 USD
Canada 37600 2,37 USD
Corée du Sud 27300 2,44 USD
Russie 18400 1,65 USD
Allemagne 37000 3,94 USD
Japon 33300 3,58 USD
Royaume-Uni 37400 4,66 USD
Iran 11500 1,45 USD
Chine 6800 1,10 USD
France 33400 5,78 USD
Brésil 10300 5,20 USD
Inde 3260 2,26 USD

Ce tableau est riche en enseignements: il fait apparaître qu'au sein des économies les plus puissantes du monde, la Chine est celle qui est la plus faible capacité à produire de la richesse, par unité de CO2 émise. Pour chaque kilo de C02 émis, la Chine ne produit que $1,1 de richesse. Ce sont la France, le Brésil et le Royaume Uni qui occupent les trois premières places du podium avec, respectivement $5,78, $5,2° et $4,66 de richesse produite par kilo de CO2 émis. Il est à noter que deux des trois pays ont fait le choix du nucléaire.

Cela permet de porter un autre regard sur la mondialisation: en faisant de la Chine, l'atelier de production du monde au motif qu'elle était capable de produire au tarif le plus bas, la libéralisation des échanges, telle qu'elle a été pratiquée au cours des 20 dernières années, est directement liée à l'explosion des rejets de CO2 dans l'atmosphère. En sous traitant ses activités productrices à l'économie la moins efficace du point de vue environnemental, le monde a mis en place un système qui a, simultanément, créé des déséquilibres économiques (chômage de masse en Europe, déficit des balances commerciales dans les pays développés), environnementaux et financiers (financement des déficits américains par les banques chinoises).

Cet angle d'analyse tendrait donc à soutenir les thèses selon lesquelles la libéralisation économique ne peut plus se faire sans tenir compte de son impact environnemental.

5 conditions pour résoudre le problème des émissions de CO2

On pourrait donc résumer à 5, les conditions pour débloquer les négociations autour des émissions de CO2.

1. Reconnaître à chaque habitant un droit identique à polluer

2. Obliger l'OMC à intégrer l'impact environnemental dans chacune de ses négociations

3. Conditionner la croissance économique de chaque pays à son impact environnemental

4. Stabiliser la population mondiale

5. Contraindre la Chine à augmenter son efficacité énergétique