Nos arrière grands-mères, qui avaient connu une ou deux guerres nous apprenaient qu’il ne fallait rien jeter. Mais, nous, nous avons pris l’habitude de jeter dès lors qu’il y a le moindre danger pour notre santé. Quel est le juste milieu ’

Mes contemporains bobos, y compris les plus écolo, restent perplexe lorsque je leur dis que je réalise des expériences alimentaires en consommant des aliments bien après leur date de péremption. Je consomme probablement un quart à la moitié des aliments que j’achète, après leur date de péremption: yaourt, fromage, pâtes, conserve, ’ufs, pain rassi, un très grosse partie de mon alimentation y passe.

Curiosité pour mes amis bobos: je suis beaucoup moins rarement malades qu’eux. La nourrriture avariée conserverait-elle en meilleure santé.

Ma motivation principale est l’héritage de ma grande tante qui a pratiquement traversé le XXieme siècle et qui a connu l’époque où les oranges étaient des fruits rares, mais aussi les tickets de rationnement et a fait des overdoses de topinambours (ces légumes moins rares que les pommes de terre durant les deux conflits mondiaux). Elle était terrienne et me disait de toujours finir mon assiette. A la fin de sa vie, 20 ans après avoir perdu toutes ses dents, elle mangeait le pain rassi et me lassait le pain frais. Elle cuisinait à ravir des parties non nobles de l’animal comme la langue, les tripes ou encore le foie.

Par respect pour cette femme généreuse et forte, j’ai décidé d’aller à contre courant de l’époque très jeune. Bien avant que de m’apercevoir que ces réflexes d’économie de pénurie transmis par cette femme de bon sens, rejoignaient petit à petit mes considérations écologiques naissantes. Ne pas jeter la nourriture, est devenu, une fois que j’ai eu sauté deux classes sociales et soit devenu entrepreneur, un acte écologique à part entière, mais aussi un acte économique.

L’acte est économique car en évitant de jeter de la nourriture, on augmente considérablement son pouvoir d’achat. Chaque français jette plusieurs dizaines de kilos de nourriture par an (pardonnez l’imprécision, je ne dispose pas des chiffres exacts). En admettant qu’un kilo de nourriture (céréales, fruits, légumes et viande confondus) coûte en moyenne 4 euros, jeter 50 kilos de nourriture par personne, revient à perdre 200 euros de pouvoir d’achat. Si l’on multiplie, ce chiffre par le nombre de membre moyen d’un foyer français, cela revient à 500 euros de perte nette chaque année.

500 euros, c’est l’équivalent:
- d’un abonnement internet et d’un abonnement téléphone mobile à l’année
- d’un téléviseur écran plat de 82cm de très bonne qualité
- d’une dizaine de robes de qualité pour ces dames
- du budget vêtement d’un petit bonhomme
- d’un mois de grosse pension alimentaire
- d’une semaine de travail pour un salarié français moyen

Nous travaillons donc, tous une semaine par an pour rien, en jettant tous ces aliments.

Il est donc urgent d’agir. Si vous ne le faites par pour notre jolie planète, faites le pour votre portefeuille !