De nombreuses entreprises polluantes ont mis en place des programmes de reforestation afin de compenser les émissions de gaz carboniques générées par leurs activités. Si le principe est plus qu'intéressant, sa mise en place doit respecter certains principes, au risque de faire plus de mal que de bien.

Les émissions de gaz carbonique cumulées de l'industrie, des transports, du chauffage des batîments et de la production d'électricité ont atteint un tel niveau que les organismes vivants ne suffisent plus à tout absorber. Ce phénomène se doublaient d'une accélération de la déforestation dans les années 1980 et 1990. Mais depuis la fin des années 1990, des programmes de compensation ont été mis en place.

Leur principe est simple: je suis une entreprise, je rejète une certaine quantité de gaz carbonique en produisant mes services ou en fabriquant mes produits et je souhaite planter autant d'arbres que nécessaire pour absorber la quantité de gaz carbonique exacte que je rejète.

La même peut s'appliquer à un particulier qui souhaite planter autant d'arbres que nécessaire pour absorber le gaz carbonique rejeté par sa consommation.

Sur le papier, la compensation est une bonne idée. 

Dans la pratique, elle se heurte à plusieurs limites

1°) De nombreuses entreprises utilisent la reforestation pour s'acheter une bonne conduite et se doter d'une image "verte". Lorsque l'on compte la quantité d'arbres plantés effectivement et que l'on considère leurs émissions de gaz carbonique, le fossé est énorme: le nombre d'arbres plantés est notoirement insuffisant et ne couvrant que 1% à 10% de leurs émissions de gaz carboniques. Les journalistes n'étant pas toujours bon en calcul, l'objectif de communication est atteint et ce léger détail n'a que peu d'importance.

2°) Dans les pays occidentaux comme la France (qui a pourtant une densité de population limitée, 100 habitants par kilomètre carré), il existe une forte concurrence pour l'exploitation des terres (agriculture, zone urbaine, parc naturels) qui rend difficile la recherche de terrains pour la reforestation.

3°) Dans des pays comme la France, il faut attendre 20 à 30 ans pour qu'un arbre atteigne une taille suffisante pour absorber des quantités de gaz carbonique significative. Les arbres plantés en 2011 serviront à absorber les émissions des entreprises ou consommateurs de 2041. Il s'agit donc d'un investissement, probablement nécessaire, qui servira aux générations suivantes.

3°) Les entreprises occidentales désireuses de compenser leurs émissions en plantant des arbres doivent donc aller chercher des terrains dans les pays en développement qui disposent des larges territoires peu peuplés. Si la recherche de terres, dans ces pays est réalisée en respectant les populations locales. 

L'exemple de la fondation Face (Forest Absorbing Carbon dioxide Emission) créée par l'entreprise nationale néerlandaise d'électricité était d'absorber les 75 millions de tonnes de CO2 rejetée par la production d'électricité en Hollande qui repose à 95% sur les énergies fossiles. 6 millions d'euros par an sur 25 ans avaient été budgétaires pour planter les 150 000 d'hectares nécessaires pour absorber une quantité équivalente de CO2 à celle émise, soit 150 millions de dollars. La fondation Face se vante même que les 150 000 hectares permettront même d'absorber 115 millons de tonnes de CO2, soit largement plus que l'objectif initial. En outre, cela a permis de créer des centaines d'emplois dans les pays concernés (Ouganda, Equateur, Pologne, Malaisie). Dans la pratique, les effets secondaires ont été non négligeables car ce projet de reforestation industriel a entrainé l'expropriation de centaines d'indigènes vivants sur les terres qui devaient être replantées. Lorsque ces derniers refusaient des partir des actes de violences ont même été commis: des fermes de paysans Balisou ont été brûlées. Ces derniers ont porté plainte contre la fondation Face et obtenu sa condamnation. Ils ont réinvesti les terres dont ils avaient été explusés et ont coupé l'intégralité des eucalyptus plantés par la fondation Face.

4°) Les espèces endemiques (les arbres qui poussent naturellement dans une région) sont rarement les arbres qui poussent le plus vite. De nombreuses entreprises qui entreprennent de planter des espèces d'arbres qui poussent plus vite et sont à même d'absorber rapidement de grandes quantités de gaz carbonique. La fondation Face a ainsi importer des espèces d'eucalyptus australiennes en Ouganda, sans avoir nécessairement réalisés d'études d'impact des insectes et parasistes associés sur la faune et la flore locale.

Evaluer l'efficacité d'un programme de compensation

Afin d'évaluer l'efficacité du programme de reforestation d'une entreprise, il faut donc se renseigner sur 4 points

1°) Quelle part exacte des émissions de gaz carboniques, le programme de compensation couvre-t-il ?

2°) A quelle échéance, les arbres pourront-ils effectivement absorber les émissions de CO2 ?

3°) Les espèces sélectionnées sont-elles compatibles avec le milieu où elles ont été replantées ?

4°) Quel a été l'impact social du programme de reforestation ?