Un chinois de 17 ans, issu des classes laborieuses chinoises a vendu un rein pour 2000 € et pouvoir s'acheter un ipad 2. La nouvelle parait incroyable et pourtant elle n'est que le reflet d'une société qui exerce une pression importante sur les individus pour les encourager à consommer.

C'est une nouvelle qui est partie le 2 juin 2011 du site du DailyTelegraph, est arrivée en France par le site du Figaro et qui aura fait le tour de l'internet et des media francophones en quelques jours, provoquant une réelle mais très courte émotion puisqu'elle sera remplacée par une autre nouvelle.

Zheng, c'est son surnom, avait très envie d'un ipad 2, dans une Chine, qui a vu ses rues, ses routes, ses télévisions, ses sites web, ses journaux, ses métros, ses bus, ses abribus se recouvrir de messages publicitaires.

Voir l'article "Un rein contre un ipad" sur Club tablette Ipad.

Comprendre le contexte

En moins de 15 ans, les chinois de la Chine continental, qui n'avait toujours été très peu exposé à la publicité, ont rattrapé leur "retard" dans ce domaine sur les pays dits développés et les ont même dépassés. Aujourd'hui, la publicité est omniprésente et est peut être même vitale pour l'économie du pays qui cherche des relais de croissance. Jusqu'en 2004, le miracle économique chinois était tiré par les exportations. Mais en 2004, pour la première fois, l'industrie chinoise qui n'employait "que" quelques 110 millions d'ouvriers a commencé à détruire des emplois. Alors que les sociétés occidentales commençait à réaliser qu'en 5 à 10 ans, l'ensemble de la production des biens de consommation de masses venait d'être délocalisée en Chine et que l'industrie française, par exemple, avait vu ses effectifs réduits de moitié, la Chine commençait à détruire ses propres emplois industriels parce qu'elle... progressait. Ce sont les gains de productivités des usines chinoises qui expliquaient la disparition de postes d'ouvriers. En effet, ayant absorbé toutes les délocalisations possibles, l'industrie chinoise ne pouvait plus créer de nouveaux postes et aurait besoin de moins en moins d'emplois. Le problème est que la population active à occuper était de 700 à 900 millions d'individus et que bien que 400 millions de chinois avaient vu leur niveau de vie exploser, le 1,1 milliard restant vivait encore dans la pauvreté et qu'il fallait créer de nouveaux postes.

Il a donc été décidé qu'après les importations et les grands travaux d'infrastructure, ce serait la consommation intérieure qui prendrait le relais de la croissance économique. Il allait donc falloir faire beaucoup plus consommer les chinois.

Cela tombait bien, car ces nouveaux consommateurs étaient tous tendres: à force de produire des biens de consommations pour les autres pays, ils avaient fini par en avoir envie. Les chinois étaient des cibles rêvées. C'est à cette époque que les grandes marques occidentales ont commencé à devenir obsédées par le marché chinois, d'autant plus obsédées que des marques chinoises commençaient à émerger.

M'étant rendu en Chine début 2006 pour me rendre compte concrètement la réalité du miracle chinois et me posant toujours tout un tas de question, j'ai constaté trois choses:

  1. Les chinois étaient très travailleurs et progressaient très vite
  2. Les chinois étaient poussés par une dynamique probablement comparable à celle des 30 glorieuses que je n'ai pas connues.
  3. Les chinois étaient optimistes,
  4. Les chinois étaient très chauvins, voire nationaliste et influencés par une forte propagande gouvernementale
  5. Les chinois avançaient et leur niveau de vie progressait à vitesse grand V, d'autant que les bas salaires vus de l'Europe était compensés par le niveau relativement bas des prix.
  6. Les chinois aspiraient à un mieux être matériel, mais ne se posaient pas réellement de question sur le sens la croissance économique, de la société de consommation, de son impact social et environnemental.

6 ans plus tard, j'imagine que le "développement" a atteint nombre de villes reculées mais que toutes les couches de la population, de loin s'en faut, ne profitent pas du miracle économique.

La Chine connait probablement la schizophrénie des pays qui avancent à marche forcée. Les modèles de vie évolue plus vite que les moyens de la population.

C'est probablement ce qui explique que nombre de chinois se trouve désorientés et que ce jeune homme de 17 ait commis un acte irréparable: accepter d'être mutilé pour acheter un appareil dont il avait très envie mais qui ne lui procurerait qu'un plaisir éphémère.

Cela se passe en Chine, soyons conscient mais cela aurait très bien pu arriver en France où de nombreux jeunes vivent avec moins de 500 euros par mois. Via des filières que je ne connais, je peux facilement imaginer que le rein d'un jeune européen puisse se négocier entre 10000 et 15000 euros, ce qui représente 30 mois de RSA ou... 20 IPad.

De quoi en faire réfléchir plus d'un.

NDLR: l'auteur de cet article n'est pas un anti consumériste, mais une personne qui tente de consommer raisonnablement: comprendre ce qui la pousse à désirer et acheter un produit, comprendre dans quelle mesure un achat satisfait ses besoins, être consciente de l'impact politique, social et économique de chaque acte d'achat.